Prendre soin du Corps du Christ

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Chers amis,

Pour le Carême, temps de préparation à Pâques, écoutons une réflexion tirée de Et toute la maison fut remplie de l’odeur du parfum (cfr. pag. 17-20), un texte sur la spiritualité qui puise à la source du mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. Il peut être un bon viatique sur notre chemin pour nous inciter à une réflexion plus approfondie.

 

En esprit, rendons-nous à Béthanie où a eu lieu un événement qui restera à jamais dans les mémoires.

Six jours avant la Pâque juive, nous sommes avec Jésus à Béthanie, un village non loin de Jérusalem, dans la maison de Lazare, Marthe et Marie, ses amis, qui lui offrent le dîner. Lazare est celui qui était revenu à la vie. Jésus l'avait en effet ramené à la vie après une maladie qui avait entraîné sa mort, et il était resté enfermé dans le tombeau pendant quatre jours. Pendant le dîner, « Marie avait pris une livre d’un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu’elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Judas Iscariote, l’un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : “Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données à des pauvres ?" … Jésus lui dit : “Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement !" » (Jn 12, 3-5.7).

Jésus, par cette dernière expression, se tourne vers l'avenir. Marie de Béthanie n'aura plus la possibilité de démontrer son affection au Maître, et le Maître accepte ce geste en vue du jour de sa sépulture. En effet, la résurrection anticipera tous les autres gestes des femmes qui iront, après la Pâque juive, terminer l'onction du corps du Seigneur.

La rencontre avec la personne de Jésus, de manière sacramentelle dans le baptême, et de manière existentielle dans les choix de vie que nous avons faits (mariage, vie religieuse, travail, relations sociales) nous permet d’accomplir la même œuvre que Marie de Béthanie, à savoir oindre nous aussi le « Corps du Christ » : une œuvre d'amour envers une réalité, l'Église, dans laquelle Jésus vit maintenant. Je veux parler de l'Église dans sa dimension universelle et locale, et en particulier de ses fidèles, des réfugiés et des pauvres que Jésus nous a confiés (« Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. » [Jn 12, 8]), afin de contribuer d'une manière ou d'une autre au bien et à la paix si nécessaires aujourd'hui en ces temps d'individualisme exacerbé, de revendications personnelles, d'indifférence et de violences de toutes sortes.

Chaque chrétien poursuit donc l’œuvre de Marie de Béthanie, avec l'intention de prendre soin de la personne de Jésus vivant dans l'Église.  Connaître ce « Corps du Seigneur » et prendre soin de ses membres est le grand privilège que peut assumer tout baptisé.

Nous avons en effet besoin, plus que jamais, de prendre soin de ce « Corps du Christ » blessé par d'innombrables attaques, encore plus lourdes et plus profondes quand elles viennent des siens. Les raisonnements tordus et moralisateurs n’ont pas leur place, de la même manière que Jésus a rejeté immédiatement et sans hésitation les arguments hypocrites de Judas.

Il est fondamental pour tout chrétien de comprendre que l'Église dans le monde, telle qu'elle a été voulue et comprise par le Christ et qu'elle nous a été léguée par les Apôtres, est l’authentique « sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium 1). Il est nécessaire de rendre à ce Corps sa plénitude surnaturelle, face aux nombreuses tentatives de l'enfermer simplement dans une perspective sociologique et horizontale sans avenir.

La sacramentalité de l'Église touche en effet à sa nature la plus intime et la plus profonde, à savoir sa conscience de soi, inculquée par le Christ, qui fait d'elle non pas une simple organisation humaine, mais un don de Dieu pour le genre humain avec une mission élevée, noble, spirituelle et morale, et en même temps un instrument de paix et d'union entre les peuples, au-delà des calculs idéologiques, politiques ou militaires.

Être Église signifie donc participer à la mission de salut et de louange à Dieu de la part de Jésus lui-même, et être au service de l'homme, d'autant plus en ces temps de troubles, de changements sociaux et de déséquilibres qui portent souvent atteinte à la dignité, à la liberté et à la personne humaine.

 

Fernando Cardinal Filoni

 

(Mars 2022)